Est-ce un « crime » de revendiquer ses droits ?
Sept militants politiques kurdes ont été interpellés par la police française les 1er et 2 juin. Cinq d’entre eux se trouvent en garde à vue à l’heure actuelle. Etant donnée la durée excessive de la garde à vue, il est clair que cette opération se situe dans le cadre de la législation anti-terroriste.
Ces dernières années, les Etats européens ont ouvertement collaboré avec les autorités turques dans leur tentative d’étouffer les revendications légitimes des Kurdes. En février 2007, prenant exemple sur l’Allemagne, la police française avait déjà mené des opérations de grande envergure contre les milieux politiques kurdes : des locaux associatifs avaient été sauvagement perquisitionnés et 14 militants arrêtés et mis en examen par un juge d’instruction tout puissant. Alors que l’un d’eux est toujours en détention préventive, les autres font depuis plus de deux ans l’objet d’un contrôle judiciaire strict. En mars dernier, c’était au tour de l’Espagne de montrer ses bonnes intentions envers la Turquie. Donnant suite à un mandat d’arrêt international lancé par cette dernière, les autorités espagnoles ont interpellé deux membres du Congrès National du Kurdistan (KNK), Remzi Kartal et Eyyup Doru. Non content de les placer sous contrôle judiciaire, le Conseil des Ministres espagnol a décidé récemment d’entamer une procédure visant à les extrader vers la Turquie, alors même que ces deux personnes, disposant du statut de réfugié politique, sont protégées par la convention de Genève de 1951 qui prohibe l’extradition. C’est dire l’inutilité des dispositifs internationaux de protection des droits humains face aux intérêts étatiques. Ces opérations juridico-policières visent des objectifs purement politiques : préserver ou améliorer les relations politiques et économiques avec la Turquie chaque fois que cela est nécessaire. Pourtant, dans le contexte actuel marqué par le cessez-le-feu décrété par le PKK, il incombe plus que jamais à l’Europe de contribuer à la résolution du problème kurde. Au lieu d’intensifier les pressions à l’encontre des Kurdes pour satisfaire leurs appétits politiques et économiques, les Etats européens devraient inciter la Turquie à saisir la main tendue du PKK et négocier ensemble une solution à ce conflit qui dure depuis plus de 30 ans. Sous le couvert de la législation anti-terroriste, les autorités françaises tentent d’incriminer les personnes qui luttent pour les droits des Kurdes. Si lutter pour ses droits est un « crime », nous sommes tous des « criminels ». Nous condamnons fermement les arrestations des militants politiques kurdes et demandons : - La libération immédiate des personnes arrêtées - La cessation des pressions à l’encontre des associations et des militants kurdes - La libération immédiate et inconditionnelle des politiciens kurdes détenus et la levée du contrôle judiciaire pour ceux qui sont assignés à résidence FEYKA (Fédération des Associations Kurdes en France) 4 juin 2009





